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2 05 2019

Egalim : le bien-être animal exclu des cantines


Le bien-être animal n'entre pas en ligne de compte dans la sélection de produits "de qualité et durables" destinés à la restauration collective.

 

 

Des associations de protection animale non conviées à participer au nouveau Conseil national de la restauration collective, un décret d’application bien peu regardant sur les conditions de vie des animaux dans les approvisionnements des cantines : voici le triste bilan de la loi Agriculture et alimentation dix mois après son adoption.

À partir du 1er janvier 2022, les établissements de restauration collective publique devront proposer 50 % de « produits de qualité et durables » dont au moins 20 % de bio. Votée dans le cadre de la loi Agriculture et alimentation, cette mesure aurait pu limiter l’intrusion de l’élevage intensif dans les menus des cantines. Hélas, le décret paru le mercredi 24 avril précisant les mentions et signes de qualités, considérées comme « de qualité et durables », occulte la question du bien-être animal. Ainsi, les six mentions retenues comme « produits de qualité et durables » sont :

  • le label Rouge ;
  • l’appellation d’origine ;
  • l’indication géographique ;
  • la spécialité traditionnelle garantie ;
  • la mention “ Issus d’une exploitation de haute valeur environnementale ” ;
  • la mention “ Fermier ” ou “ Produit de la ferme ” ou “ Produit à la ferme ”, pour les produits pour lesquels existe une définition réglementaire des conditions de production. 

Hélas, ces signes de qualité ne garantissent pas systématiquement le bien-être animal. Rappelons, par exemple, que la majorité des cochons élevés en label Rouge sont détenus sur du béton nu, que 11 AOP sur 14 n’imposent pas le pâturage pour les chèvres, qu’aucun cahier des charges IGP n’interdit les mutilations et qu’un élevage intensif peut tout à fait obtenir la mention « haute valeur environnementale » ou « indication géographique ».

En savoir plus sur les labels et leurs garanties en termes de bien-être animal

 

En plus de cela, les 50 % de « produits de qualité et durables », dont 20 % de bio, ne concernent pas les seuls approvisionnements en produits animaux, mais tous les produits servis à la cantine. Il y a donc fort à parier que, pour des raisons financières, les cantines privilégieront l’achat de produits végétaux « de qualité et durables » ou bio, mais continueront de s’approvisionner en produits animaux issus d’élevages intensifs.

Dans le cadre de la consultation citoyenne préalable à la loi Agriculture et alimentation, les Français avaient pourtant classé en de liste les mesures favorables au bien-être animal. Un an plus tard, il ne reste plus rien de ces préoccupations. Les associations de protection des animaux d’élevage n’ont même pas été conviées à siéger au Conseil national de la restauration collective, instaurée le 19 mars 2019, alors même que 14 membres issus des productions agricoles sont présents (soit deux fois plus que les représentants de l’État). Scandalisée par cette absence, WELFARM a fait une demande officielle de siège dans une lettre adressée au ministre de l’Agriculture le 17 avril dernier.

En France, 80 % des animaux sont encore élevés de manière intensive, un mode de production rejeté par 87% des Français (sondage Yougov-CIWF 2016). Alors que le bien-être animal est devenu un sujet de préoccupation majeur dans notre société, nos enfants se verront encore servir pendant de longues années des plats pouvant provenir d’animaux entassés, soumis à des programmes d’antibiotiques ou ayant subis des pratiques mutilantes faute de réelle volonté politique pour favoriser les modes d’élevage alternatifs.

Dans son communiqué de presse, le ministre de l’Agriculture a pourtant déclaré : « La restauration collective qui représente chaque année 3,7 milliards de repas servis dans notre pays, constitue un formidable levier de progrès pour accélérer la transition vers une alimentation plus saine, durable et accessible à tous. Elle contribue à la transition agro-écologique de nos exploitations, et à la réconciliation entre agriculteurs et citoyens. » Afin que cette mesure ne soit pas un énième rendez-vous manqué pour l’orientation de notre modèle agricole vers des pratiques plus vertueuses pour les animaux, il convient d’agir et vite.