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14 06 2021

Castration des porcelets : Bigard refuse l’élevage de mâles entiers


Le groupe Bigard refuse les alternatives à la castration des porcelets et menace, de fait, les engagements pris par les autres acteurs de la filière.

 

 

De nombreux porcelets mâles sont castrés en France pour prévenir l’apparition d’une odeur désagréable (dite « de verrat ») susceptible d’apparaître lors de la première cuisson de la viande de certaines carcasses. Bien qu’en diminution, le maintien de cette mutilation reste problématique : elle est extrêmement douloureuse et stressante pour l’animal. Le problème avancé de l’odeur ne concerne quant à lui en moyenne moins de 4% des carcasses. 

Cette pratique est légale. Tout en relevant en effet que « les procédures provoquant dommages ou perte d’une partie sensible du corps sont interdites », la directive relative à la protection des porcs du 18 décembre 2008 autorise la castration des porcs mâles de moins d’une semaine par l’éleveur, et ce, sans prise en charge de la douleur. Au-delà de sept jours, c’est un vétérinaire qui doit intervenir.

Welfarm s’est fortement mobilisée pour faire changer la législation et les pratiques lors de sa campagne Couic2018. Encouragée par une opinion publique largement défavorable aux mutilations infligées aux porcelets, notre campagne a porté ses fruits. Début 2020, l’ancien ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a ainsi pris un arrêté annonçant la fin de la castration à vif des porcelets pour le 1er janvier 2022.

Welfarm a toutefois souligné que cet arrêté manque d’ambition car il permet la poursuite de la castration des porcelets lorsqu’une anesthésie et une analgésie sont effectuées au préalable. L’instruction technique qui doit préciser les modalités d’application de ces produits n’a toujours pas été publiée à ce jour. Et pour cause, en l’état actuel des pratiques, aucune solution d’anesthésie et d’analgésie n’est satisfaisante. Les vétérinaires sont affirmatifs sur le sujet : les méthodes d’anesthésie disponibles ne permettent pas de supprimer totalement la douleur subie par les porcelets. A cette question de la mise en place technique de cette non-solution s’ajoute celle du contrôle par les autorités de sa réelle application.

 LE GROUPE BIGARD ANNONCE LE MAINTIEN DE LA CASTRATION POUR 2022

Le président de la filière porc du groupe Bigard a pourtant annoncé en conférence de presse le 21 mai dernier que « Bigard maintiendra la castration en 2022, pour 100 % des animaux abattus par le groupe »[1]. Cette déclaration s’inscrit dans la lignée du communiqué de Culture Viande du 14 décembre 2020 dans lequel le la fédération des entreprises du secteur annonçait son intention de « poursuivre au 1er janvier 2022 la castration des animaux dans le cadre de la loi ». Les craintes que nous avions soulevées à ce sujet se confirment donc malheureusement.  

Cette prise de position du Groupe Bigard est problématique, non seulement parce qu’elle contribue à bloquer tout débat éventuel mais aussi parce qu’elle empêche les éleveurs de porcs et leurs acheteurs de s’engager pleinement vers l’arrêt total de la castration. L’entreprise de transformation Herta s’était par exemple montrée favorable à l’élevage de mâles entiers dans le cadre de sa démarche « Engagé et Bon ». À la suite des annonces du Groupe Bigard, elle n’a eu d’autre choix que de renoncer à ce positionnement[2]. Ce recul ne sera pas sans conséquence pour les animaux. 

Welfarm déplore les annonces du groupe Bigard : sans un effort coordonné de la part de l’ensemble des acteurs pour développer les alternatives à la castration chirurgicale en France, ce sont des millions de porcelets qui continueront de souffrir. 

DES ALTERNATIVES A LA CASTRATION EXISTENT !

Le recours pérenne à la castration des porcelets est d’autant moins compréhensible que des alternatives viables à la castration chirurgicale existent. 

Welfarm soutient l’élevage de mâles entiers, accompagné de mesures sur la chaîne d’abattage pour détecter et orienter les rares carcasses odorantes vers les produits transformés. Cette pratique viable économiquement engendre même un gain économique entre 2 et 8 euros pour les éleveurs, du fait d’une meilleure transformation de l’aliment par les porcs non castrés. En raison de ces atouts, l’élevage de mâles entiers est soutenu par un nombre croissant de groupements d’éleveurs et d’abatteurs-transformateurs. L’association d’éleveurs « Pour le bien-être porcin et la non-castration des porcs » privilégie depuis sa création en 2020 la généralisation de cette alternative. Les clients des acteurs ayant décidé d’adopter cette approche ne se plaignent pas davantage d’une éventuelle odeur de verrat.

À titre subsidiaire, Welfarm prône une seconde solution : celle de l’immunocastration. Il s’agit d’un vaccin qui retarde la puberté des porcs et empêche le développement de l’odeur de verrat avant l’abattage. Effectuée correctement, les deux injections sont peu douloureuses et peu stressantes pour les porcs, et le vaccin ne laisse aucun résidu dans la viande issue des animaux. Le rapport public d’évaluation de ce vaccin, réalisé par l’Agence européenne du médicament (EMA) qui a délivré son autorisation de mise sur le marché, le souligne explicitement : les produits issus des animaux traités par ce vaccin ne contiennent aucun résidu potentiellement dangereux et la consommation de ces produits ne présente aucun risque pour le consommateur. À ces atouts, s’ajoutent également un gain économique pour l’éleveur (jusqu’à 4€) et environnemental, grâce à une meilleure valorisation de l’alimentation des animaux qui permet de diminuer les rejets dans l’environnement.

Alors que le groupe a connaissance de ces alternatives, Bigard insiste : la castration serait selon lui la seule solution pour garantir la saveur de la viande auprès des consommateurs[1]. Or, si la viande issue de mâles entiers est certes moins grasse que celle issue de mâles castrés, cette différence est imperceptible pour les produits issus de mélange (charcuterie cuite, dont le jambon). Il s’agit donc d’un faux argument qui ne justifie en rien les mutilations pratiquées chaque année sur des millions de porcelets. 

Les solutions aux douleurs induites par la castration existent, les acteurs de l’agroalimentaire doivent y prendre part. 

Faites entendre votre voix. Dites non à la castration ! Contre le manque d’ambition, PARTAGEZ NOTRE ARTICLE !  

[1] E. Polette De Oliveira, « Bigard maintiendra la castration, les éleveurs s’organisent », Porcmag, 31 mai 2021.
[2] E. Polette De Oliveira, « Un partenariat filière pour une traçabilité totale », Porcmag, 31 mai 2021.