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30 03 2021

Trois mois en mer à errer de port en port : 2 600 bovins ont vécu l’Enfer


Refoulés dans plusieurs pays, deux cargos bétaillers sont revenus à leur point de départ... Où tous les animaux qu’ils transportaient ont été abattus. 

 

 

Le Karim Allah et l’Elbeik étaient partis du port de Carthagène en Espagne, le 18 décembre 2020. Destination le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, avec plus de 2 600 bovins à bord. Or, ils n’ont jamais atteint leur destination et ont dû errer près de trois mois en mer à la recherche d’un éventuel acheteur pour leurs troupeaux. En effet, les deux cargos n’ont pas été autorisés à accoster une fois arrivés à leurs points de destination. Ceci, pour des raisons d’ordre sanitaire - des cas de fièvre catarrhale ayant été détectés en Aragon, la région d’origine des bovins. S’en est suivie une situation délirante. Exportés hors de l’Union européenne, les animaux ne pouvaient y être réimportés. Les deux cargos ont donc poursuivi leur traversée infernale avec, à leurs bords, des bovins en proie au stress, à l’épuisement, à la faim et à la soif.

Tant et si bien qu’ils ont été jugés « inaptes au transport » par les services vétérinaires à leur retour à Carthagène – autrement dit : « en trop mauvais état pour être transportés à nouveau ». Ils ont donc été abattus sur le quai, dans des containers rouges, alignés au pied du bateau, puis envoyés à l’équarrissage. Ce drame aurait pourtant pu être évité. L’ONG Animal Welfare Foundation a réussi à se procurer des échanges de mails prouvant que, trois jours après leur départ, la Turquie avait averti les autorités espagnoles qu’elle refuserait aux cargos de débarquer. Les certificats sanitaires des animaux mentionnaient en effet leur région d’origine. Les autorités espagnoles savaient donc, dès le 21 décembre pour le Karim Allah et dès le 23 décembre pour l’Elbeik, qu’ils ne pourraient pas accoster. Elles avaient la responsabilité d’ordonner aux bateaux de revenir sans attendre en Espagne.

Un calvaire long de trois mois

Ce double scandale témoigne de l’horreur endurée par les animaux transportés vivants par voies maritimes. Les ONG de protection animale, dont Welfarm, le dénoncent depuis plusieurs années : le bruit et les mouvements incessants des cargos sont une grande source de stress pour ces animaux, qui n’ont jamais été habitués à être déplacés. Ils arrivent à destination dans un état d’épuisement intense… quand ils ne meurent pas à bord, victimes des conditions de transport. Le Karim Allah et l’Elbeik sont des exemples types de « cargos-poubelles », des embarcations vieillissantes et vétustes, où l’on parque les animaux en surnombre dans des enclos mal conçus, et où les blessures sont fréquentes. Les problèmes de ventilation et d’abreuvement achèvent de rendre leur traversée insoutenable. Les ONG peinent à démontrer ces faits, car l’omerta règne en mer. Une fois la frontière de l’Europe franchie, les animaux disparaissent des radars. Il n'y a ni vétérinaires à bord, ni compte à rendre sur l’état des animaux à l’arrivée, ni aucun contrôle officiel sur le nombre de décès en mer.

Plus la durée de transport est longue, plus les animaux souffrent. Parti le 18 décembre 2020, le Karim Allah est rentré en Espagne le 25 février. L’Elbeik, lui, est revenu à son point de départ le 18 mars, soit trois mois jour pour jour après son départ. Bien qu’extrême en termes de durée passée en mer, le cas de l’Elbeik est, sur ce point, édifiant. À leur retour en Espagne, les animaux se trouvaient dans un état déplorable. Les vétérinaires les ont découverts épuisés, cachectiques, assoiffés et affamés. Beaucoup souffraient de problèmes oculaires et respiratoires, causés par les niveaux élevés d'ammoniac émis par les excréments et une mauvaise ventilation. De nombreux bovins peinaient même à se déplacer. En outre, dans les enclos, les animaux blessés n'étaient pas séparés des autres : ils risquaient sans cesse d'être piétinés. Les conclusions du rapport vétérinaire apportent une preuve irréfutable à tous les points d’alerte énumérés par les ONG.

Des cadavres jetés par-dessus bord

Les cas du Karim Allah et de l’Elbeik témoignent également d’un acte illégal, dénoncé à plusieurs reprises par les associations. En mer, les animaux morts sont jetés par-dessus bord. En effet, à leur retour à Carthagène, on a dénombré 22 décès sur le Karim Allah et 189 sur l’Elbeik. Or, seuls dix cadavres ont été retrouvés à bord de l’Elbeik, contre deux seulement sur le Karim Allah. Ces animaux n’ont pas disparu par magie : leurs dépouilles ont forcément été jetées à l’eau. La Convention de Marpol classe la mer Méditerranée comme une zone protégée, ce qui rend cet acte parfaitement hors-la-loi. De plus, les services vétérinaires de Carthagène signalent dans leur rapport, qu'à son retour au port en mars, l'Elbeik présentait des systèmes d'abreuvement inadaptés et défectueux dans certains enclos, des systèmes de ventilation non conformes sur les ponts inférieurs et des densités d’animaux qui dépassaient les limites règlementaires. Manifestement, aucun contrôle n'a été effectué sur ce cargo avant son départ. Or, le Règlement européen sur les transports (CE) n°1/2005 rend obligatoire cette inspection. L'absence de contrôle constitue une grave infraction de la part des autorités espagnoles.

En théorie, le Règlement européen protège les animaux jusqu’à destination, c’est-à-dire jusqu’à l’abattoir ou jusqu’à l’élevage du pays importateur. En réalité, ce n’est pas le cas : en l’absence de plan d’urgence, quand ce genre de situation se produit, toutes les parties prenantes se renvoient la balle et se dédouanent de leurs responsabilités. Pendant ce temps, les animaux souffrent à bord. Or, le Règlement européen considère le temps de transport en mer comme du temps de repos. Le texte ne fixe pas de durée limite pour les trajets en mer, contrairement au transport sur route... Absurde. Cette nouvelle tragédie démontre une fois encore que l’Union européenne est dans l’incapacité de respecter son propre règlement. Qui sait combien de temps encore le Karim Allah et l’Elbeik auraient pu errer sans but en Méditerranée, si les ONG et les médias n’avaient pas sonné l’alerte ? Il est urgent d’adopter la seule solution éthiquement acceptable : remplacer le transport d’animaux vivants par celui de carcasses.

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