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13 08 2021

Le ramassage des volailles : un calvaire tant pour les animaux que pour les travailleurs


Libération a publié hier une enquête sur le ramassage des volailles. Retour sur cette pratique source de souffrances. 

 

Le ramassage des volailles dans une exploitation agricole est une étape obligatoire de la chaîne de production pour charger les animaux et les transporter jusqu’à l’abattoir. Cette pratique reste toutefois un calvaire, aussi bien pour les travailleurs que pour les volailles elles-mêmes. Attrapées à plusieurs par les pattes, la tête en bas, elles sont ensuite le plus souvent entassées dans des caisses de transport sans ménagement et à un rythme infernal. Dans un article publié hier [1], Libération décrit des conditions proches de l’esclavage moderne (travailleurs souvent étrangers, voire sans papiers, en attente de régularisation,…), qui ont fait l’objet d’enquêtes par l’Inspection du travail et de jugements aux prud’hommes.

En réaction à cette enquête, Welfarm revient sur les controverses qui entourent le ramassage des volailles et sur une alternative qui gagnerait à se développer de toute urgence dans le but de préserver le bien-être animal.  

Un problème systémique

Comme Libération le souligne, les dérives du ramassage des volailles sont multiples. Pressés par les demandes de l’industrie agroalimentaire, les éleveurs demandent à des sociétés de ramassage de récupérer leurs animaux pour qu’ils soient acheminés jusqu’aux abattoirs. Cette décision est parfois prise pour le lendemain même.

La pression de la demande, quelques fois conjuguée à la précipitation imposée par les autres acteurs de la chaîne de distribution, mène à un constat accablant : jusqu’à cinq volailles à la fois peuvent être ramassées par les pattes avant d’être jetées la tête en bas dans des caisses.

Une pratique qui devrait être interdite

La méthode de ramassage que Libération détaille est source de nombreux stress et douleurs pour les animaux. Parce qu’ils sont soulevés et manipulés par les pattes, les animaux sont non seulement soumis à un important stress mais aussi régulièrement blessés. Fractures, luxations et ecchymoses peuvent ainsi rythmer leur placement dans les cages de transport.

Maintenus à l’envers, il leur est également difficile de respirer correctement. Contrairement à d’autres animaux, les volailles ne possèdent pas de diaphragme et leurs organes pèsent en effet directement sur leurs poumons.

Outre les impératifs de rentabilité qui sous-tendent cette pratique, celle-ci perdure en raison d’une imprécision du règlement européen relatif au transport d’animaux vivants. En son Annexe, ce texte prévoit certes qu’« il est interdit (…) de soulever ou traîner les animaux par la tête, les oreilles, les cornes, les pattes, la queue ou la toison ou de les manipuler d'une manière qui leur cause des douleurs ou des souffrances inutiles; »[2]. En dépit de son apparente limpidité, les défenseurs de la méthode du ramassage des volailles par les pattes font valoir que cette disposition serait seulement valable pour le chargement, le déchargement et la manipulation des animaux pendant le transport. Le ramassage serait donc une étape qui précèderait le chargement stricto sensu des volailles et qui ainsi, échapperait à cette interdiction.

Pour Welfarm, cette interprétation audacieuse ne tient pas, d’autant que selon la Commission européenne, « les équipes de ramassage doivent appliquer de bonnes techniques de manipulation. Ils doivent se déplacer de manière lente, silencieuse et régulière à travers le troupeau et éviter les gestes brusques. (…) Les oiseaux doivent être attrapés et transportés de manière à ne pas blesser les ailes ou les pattes »[3].

C’est également tout le sens que des juges néerlandais ont récemment prêté au règlement européen sur le transport des animaux. Saisis par l’ONG de protection animale Wakker Dier, ils ont estimé que le ramassage des volailles par les pattes entrait dans le champ du règlement sur les transports d’animaux et devait donc être interdit. À la suite de ce jugement, trois entreprises ont été contrôlées et condamnées à une amende de 1 500 euros chacune.

Cette décision devrait améliorer quelque peu la donne. Encore faudrait-il cependant que tous les États membres se rallient officiellement à cette interprétation pour que cette pratique de ramassage par les pattes cesse une bonne fois pour toutes dans la totalité des élevages européens…

Cette méthode révèle ainsi plus largement les faiblesses du règlement européen sur le transport d’animaux. Dans le cadre de sa campagne Ne Les Oublions Pas, Welfarm agit notamment pour que l’interdiction de manipuler les volailles par les pattes soit précisée dans un nouveau texte. La révision de l’actuel règlement sur le transport d’animaux fait en effet partie intégrante de la stratégie « De la Ferme à la Table » menée par la Commission européenne depuis 2020.

Une alternative à développer

La fin du ramassage des volailles par les pattes n’est pas une utopie. Une autre voie pourrait être explorée.  

En partenariat avec l’association de protection animale néerlandaise Eyes on Animals, Welfarm défend notamment la méthode de ramassage des poules pondeuses et poulets en position debout. Cette pratique consiste à attraper l’animal avec les deux mains au niveau des ailes et du bréchet, la tête à l’endroit. Des recherches scientifiques ont montré que le niveau de stress de ces oiseaux est bien moindre lorsqu’ils sont manipulés dans cette position. Ce procédé permet également de réduire les risques d’ecchymoses et de fractures.  

Une vidéo[4] a d’ailleurs été publiée pour comparer les deux méthodes. Elle montre sans difficulté combien la méthode alternative que nous préconisons réduit drastiquement le stress et la douleur chez ces animaux. Elle permet par ailleurs d’améliorer les conditions de travail des salariés car, les animaux sont moins bruyants, se débattent moins et le risque de griffures est réduit.  

Au cours d’une récente réunion du CNOPSAV[5] (comité placé sous l’autorité du ministère de l’Agriculture et en charge notamment des problématiques de bien-être animal), nous avons expliqué combien il était nécessaire de développer cette méthode alternative auprès de la filière avicole. Alors que le ministère de l’Agriculture envisage de publier un décret pour que les ramasseurs les volailles soient supervisés par un employé formé au bien-être animal, Welfarm demande que la méthode de ramassage en position debout soit enseignée en priorité. La mise en place de formations obligatoires pour encadrer le ramassage de volailles est en effet une opportunité pour promouvoir des méthodes plus respectueuses du bien-être des animaux, comme des humains.

Pour en savoir plus sur cette méthode, téléchargez notre brochure de présentation et pour exiger une refonte en profondeur du règlement européen sur le transport notamment, SIGNEZ LA PETITION !

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[1] G. Kristanadjaja et P. Moullot, « Enquête – Filière avicole : « Il y avait tous les piliers d’un cas de traite des êtres humains », Libération, 12 août 2021.
[2] Règlement (CE) n°1/2005 du 22 décembre 2004 relatif à la protection des animaux pendant le transport et les opérations annexes et modifiant les directives 64/432/CEE et 93/119/CE et le règlement (CE) no 1255/97, Annexe I, Chapitre III, 1.8, d).
[3] Commission européenne, Guide des bonnes pratiques pour le transport des volailles, 2018, pts 99 et 100.
[4] https://www.youtube.com/watch?v=3woFuZPwprQ
[5] Le CNOPSAV (Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale), auquel siège Welfarm, est consulté sur les orientations de la politique sanitaire animale et végétale du Gouvernement.