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31 07 2020

Transport d'animaux : le port de Sète, pas si propre qu'il n'y parait


Alors que le mercure frôlera aujourd'hui les 40° C en France, les bétaillères continuent d’affluer au port de Sète. 

 

 

Après le Mariona et le Blue Moon, c’est au tour de l’ETAB - autre cargo poubelle - de prendre le large avec des milliers de bovins à bord. Direction : l’Afrique du Nord ou le Moyen-Orient. Welfarm et Animals International se sont rendus sur place, aux côtés des eurodéputés Manuel Bombard et Anja Hazekamp. Dans une vidéo diffusée ce jour, tous réclament d’une même voix la révision de la réglementation sur le transport des animaux et l’arrêt des exportations hors d’Union européenne. 

Des camions circulant par plus de 30° C, des coups portés à la tête avec des aiguillons électriques : les images filmées en juillet au port de Sète donnent un avant-goût des conditions dans lesquelles la France exporte chaque année par la mer plus de 150 000 bovins et ovins. Après avoir dénoncé les transports sous de fortes chaleurs, l’absence totale de contrôles à bord des cargos et l’incapacité de la France à assurer un minimum de protection aux animaux qu’elle exporte, Welfarm s’est donc rendue au port de Sète aux côtés d’Animals International, pour assister au chargement de deux cargos bétaillers. À leurs côtés, deux eurodéputés membres de la Commission d’enquête sur la protection des animaux pendant le transport créée en juin dernier par le Parlement européen : Manuel Bompard, chef de délégation La France insoumise et la Néerlandaise Anja Hazekamp, membre du Parti pour les animaux, venus constater de leurs propres yeux la situation.  

Des chocs électriques sur la tête, un acte strictement interdit par le règlement sur les transports 

Sur la passerelle menant au Mariona, c’est l’embouteillage. Les animaux refusent d’avancer. Certains font demi-tour et marchent à reculons. Du côté du Blue Moon, les coups sont systématiques, même quand les animaux avancent d’eux-mêmes sur la passerelle. Le port de Sète se vante d’être le leader européen en matière de bien-être animal... Welfarm et Animals International y ont pourtant bien filmé des hommes en train de frapper des animaux à maintes reprises sur la tête avec des aiguillons électriques, ce qui est strictement interdit par le règlement (CE) n°1/2005 sur les transports. Si le règlement a de nombreuses failles, il indique clairement que, lors du chargement : « Il est interdit de frapper ou de donner des coups de pieds aux animaux », « d'exercer des pressions à des endroits particulièrement sensibles du corps d'une manière qui leur cause des douleurs ou des souffrances inutiles ». « L'utilisation d'appareils soumettant les animaux à des chocs électriques doit, dans la mesure du possible, être évitée » et utilisés seulement si les animaux « refusent de bouger » et « lorsqu'ils ont de la place pour avancer ». « Les chocs ne doivent être appliqués que sur les muscles de l'arrière-train. Les chocs ne doivent pas être utilisés de façon répétée si l'animal ne réagit pas. »

« A chaque fois que nous venons à Sète, nous constatons des infractions »

Comme le Mariona ou le Blue Moon, 85 % des navires ayant embarqué des animaux à Sète depuis trois ans sont classés sur liste noire par le Mémorandum de Paris, c'est-à-dire qu'ils présentent un risque élevé en matière de sécurité maritime. Moyenne d’âge : 42 ans, soit 10 de plus que pour les cargos de marchandises. « Nous sommes venus à Sète, année après année, pour documenter les mauvaises pratiques au sein du port, explique Gabriel Paun, directeur Europe d’Animals International. Les autorités clament depuis toujours que tout s’y passe à merveille. Pourtant, à chaque fois, nous avons constaté des infractions. Tel qu’il est conçu actuellement, le règlement sur le Transport des animaux ne garantit pas le respect du bien-être des animaux. Mais aussi insuffisant soit-il, il n’est toujours pas respecté. »

Une fois à bord, les animaux disparaissent des radars 

Que se passe-t-il ensuite, une fois à bord ? Dans quel état les animaux arrivent-ils à destination ? Même la Commission européenne avoue l’ignorer dans son rapport publié en mai dernier : « Ni les États membres ni la Commission ne disposent d'informations ou de statistiques sur l'état de santé et le bien-être des animaux en mer (…) la majorité des États membres ne reçoit aucun retour du pays de destination sur l'état des animaux à l’arrivée, ni du transporteur, ni du capitaine, ni de l’exploitant du navire. » Autrement dit, une fois à bord, les animaux disparaissent des radars. 

« Il est de notre rôle de parlementaires de venir observer sur le terrain les conditions de transport des animaux ».

Si le Blue Moon prend le large ce matin, les camions continuent d’affluer au port à midi, sous plus de 31 degrés.  À 14 heures, le Mariona est toujours à quai, alors que la température à l’ombre dépasse les 33 degrés. Lors des transports, la chaleur n’est qu’une souffrance parmi d’autres pour les animaux. La situation est si dramatique que les eurodéputés ont voté en juin dernier, la création d’une Commission d’enquête sur les manquements et infractions à la réglementation sur le transport d'animaux. Son but : examiner la mise en œuvre et l’application de la réglementation européenne. Une première qui augure un travail de grande ampleur, tant les audits et investigations menés par les ONG sur les routes, aux ports et aux frontières de l’U-E, révèlent d’innombrables dysfonctionnements et violations de la réglementation.  « Il est de notre rôle de parlementaires de venir constater sur le terrain les conditions réelles dans lesquelles sont transportés les animaux, explique Manuel Bompard. À partir de ces observations, nous allons faire des propositions et nous battre pour que la réglementation évolue et soit enfin appliquée. Mais pour cela, nous avons besoin d’une mobilisation citoyenne. J’appelle donc le public à diffuser les enquêtes réalisées par les ONG et les journalistes pour dénoncer les conditions de transport des animaux. »

Les conclusions de cette enquête confirmeront certainement l’urgence de réviser la réglementation. Et surtout celle de mettre un terme au transport d’animaux vivants, pour le remplacer par le commerce des viandes ou carcasses.