Élevage d’insectes : les images de l’usine Ynsect de Poulainville soulèvent de vives inquiétudes

Les images filmées par des anciens employés d’Ynsect et révélées par Vakita ont mis en lumière des conditions de production déplorables, bien loin des images d’usines propres et aseptisées présentées par l’entreprise, qui détenait, avant sa liquidation judiciaire en décembre 2025, le plus grand site d’élevage d’insectes de France. Des dysfonctionnements qui font craindre d’importants problèmes sanitaires et des conditions d’élevage incompatibles avec le bien-être des insectes.

Usine Ynsect Poulainville

Depuis quelques années, une multitude d’entreprises spécialisées dans l’élevage d’insectes ont été créées, avec la promesse que ces animaux seraient une nouvelle source de protéine pour les humains et pour les animaux.

Welfarm manifeste une vive inquiétude face au développement de ces élevages d’insectes. En effet, la multiplication de ces infrastructures pourrait représenter plusieurs dizaines de milliers de milliards d’insectes élevés et abattus à l’horizon 2030.

Se pose alors la question des conditions dans lesquelles sont élevés ces invertébrés.

Le média en ligne Vakita a rendu public début février une enquête sur l’usine d’Ynsect, une entreprise française de production d’ingrédients à base d’insectes, placée en liquidation judiciaire fin 2025.

Le documentaire met en lumière les mauvaises conditions sanitaires au sein du plus grand élevage d’insectes de France, situé à Poulainville, dans la Somme. Vakita s’est procuré des images tournées à l’intérieur de l’usine par d’anciens salariés de l’entreprise. La diffusion de ces vidéos lève le voile sur les dérives d’une start-up soutenue au plus haut niveau de l’État, et qui avait levé plus de 600 millions d’euros depuis sa création, dont 146 millions d’euros d’argent public.

Les insectes sont des animaux sensibles

Des données scientifiques récentes tendent à démontrer que les insectes ressentent la douleur. Selon un rapport d’Eurogroup for Animals sur l’élevage d’insectes paru en 2024,  « une revue de 2022 portant sur les données neurobiologiques et comportementales compatibles avec l’expérience de la douleur a mis en évidence des éléments probants (six critères sur huit) en faveur de la douleur chez deux ordres d’insectes […], ainsi que des indices préliminaires chez d’autres ordres. Aucun groupe d’insectes adultes n’a été identifié comme échouant de manière concluante à un critère de reconnaissance de la douleur » (Gibbons et al., 2022).

Le rapport cite également des « observations montrant que certaines espèces d’insectes manifestent des apprentissages d’évitement, une aversion au risque, des arbitrages motivationnels, un toilettage ciblé des blessures et des comportements de protection contre des dommages ultérieurs » (Elwood, 2023).

Enfin, les auteurs de la Déclaration de New York sur la conscience animale de 2024, cité dans le rapport, ont affirmé que « les données empiriques indiquent au minimum une possibilité réaliste d’expérience consciente […] chez de nombreux invertébrés (notamment, au minimum, les mollusques céphalopodes, les crustacés décapodes et les insectes) ».

Moratoire sur les élevages d’insectes et mis en place de normes adaptées

En l’état des connaissances scientifiques en la matière, Welfarm appelle de ses vœux la mise en place d’un moratoire sur la création d’élevages d’insectes, afin de stopper le développement de cette industrie tant que des normes spécifiques à la protection de ces animaux ne seront pas mises en place. Il est indispensable que les insectes puissent évoluer dans un environnement correspondant à leurs besoins et qu’ils soient abattus sans souffrances.

D’autre part, les problèmes d’hygiène constatés dans l’usine de l’entreprise Ynsect font craindre des risques en matière de santé animale. Les images de Vakita montrent des rongeurs et des oiseaux circulant librement dans l’usine, des machines défectueuses provoquant des fuites d’aliments destinés aux insectes et la sortie de larves de leurs bacs d’élevage, des larves qui pourrissent dans les installations d’abattage, avec des écoulements traversant les plafonds… Des dysfonctionnements qui pourraient avoir des répercussions sanitaires sur les animaux nourris avec ces insectes.

Aliments à base d’insectes VS protéines végétales

Enfin, nous pouvons nous interroger sur la pertinence de développer l’élevage d’insectes comme nouvelle source de protéines pour l’alimentation des animaux d’élevage et des hommes. Pour Welfarm, la priorité est ailleurs : la solution que nous soutenons face à l’accroissement de la demande mondiale en protéines est le recours accru aux protéines végétales.

« Malheureusement le gouvernement préfère investir des fonds publics considérables pour soutenir le développement d’élevages d’insectes dans l’Hexagone plutôt que d’accompagner cette transition alimentaire vers une plus grande végétalisation de notre alimentation, regrette Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm. Et tout cela, en pure perte, puisque l’entreprise Ynsect a fait faillite, après avoir reçu 148 millions d’euros de fonds publics, notamment de la Banque publique d’investissement (BPI). »

En décembre 2024, Welfarm, CIWF et Eurogroup for animals, avaient adressé un courrier au DG de BPI France pour appeler l’organisme « à considérer pleinement les potentiels impacts de l’industrie d’élevage d’insectes sur l’environnement, le climat, la biodiversité, ainsi que sur la sécurité alimentaire de la France et de l’Europe et sur le bien-être animal », lettre hélas restée sans réponse.

Au lieu de considérer l’élevage d’insectes comme une source alternative de protéines viable, les décideurs politiques devraient au contraire légiférer en faveur d’un système alimentaire davantage orienté vers les productions végétales et des modes d’élevage offrant un niveau de bien-être animal plus élevé.