Malgré la parution d’une tribune signée par quinze députés et la publication d’une note de l’Ifremer recommandant la structuration d’une expertise collective sur le sujet des élevages intensifs de saumons en circuit fermé, l’examen de la proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur ce type d’installation n’a toujours pas trouvé sa place dans l’agenda des parlementaires.

Le 7 mai 2026, 15 députés de tous bords politiques ont publié sur le site du journal L’Humanité une tribune pour demander que soit débattue la proposition de loi du 18 mars 2025 visant à instaurer un moratoire sur les fermes aquacoles de saumons en circuit fermé, à l’Assemblée nationale, lors de la semaine transpartisane, début juin 2026.
Les signataires de cette tribune pointaient les dangers de ces installations au niveau environnemental, notamment en matière de consommation d’énergie et de toxicité des rejets d’eau usées pour les écosystèmes, qui menacent directement des secteurs économiques traditionnels.
Des projets qui menacent la conchyliculture
Deux fermes-usines de saumons menacent de voir le jour en France, en Gironde et dans le Pas-de-Calais. La première, portée par l’entreprise Pure Salmon, serait installée en zone ostréicole, ce qui menacerait cette activité car les huîtres sont « très sensibles à la qualité de l’eau, par la toxicité et la température élevée des rejets » de l’élevage, selon les signataires de la tribune.
Le second projet, porté par Local Ocean, menacerait, lui, les exploitations mytilicoles « notamment par aggravation du réchauffement des eaux côtières de la Manche », réchauffement qui favorise le développement des populations d’araignées de mer, déjà responsables d’une chute importante de la production de moules dans certaines zones.
La tribune précise que « la conchyliculture regroupe 2 294 entreprises et emploie près de 18 300 personnes en France ». Un nombre d’emplois sans commune mesure avec les quelques centaines d’emplois qui seraient créés par l’installation des deux élevages de saumons envisagés.
Malheureusement, les inquiétudes exprimées dans cette tribune n’ont pas convaincu les membres de la Conférence des présidents réunie le 12 mai, puisque la proposition de loi n’a pas été retenue pour être débattue dans l’Hémicycle lors de la semaine transpartisane du 1er juin 2026, plus d’un an après qu’elle a été déposée.
Inquiétude des scientifiques
Pourtant, quelques semaines plus tôt, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) exprimait ses inquiétudes quant à la viabilité des fermes-usines de saumons à terre.
Dans une note d’avril 2026, l’Ifremer met en évidence un ensemble de points de vigilance scientifiques : bien-être des poissons dans ces systèmes d’élevage, concurrence d’usage des ressources pour l’alimentation des saumons, impacts environnementaux, durabilité…
Des préoccupations qui conduisent l’institut à recommander la structuration d’une « expertise collective visant à établir un état des lieux des connaissances disponibles, des enjeux, et à apprécier le potentiel de durabilité des différents modèles de production », afin « d’éclairer les choix publics au-delà des situations ponctuelles, en fournissant un cadre d’analyse robuste, transversal et mobilisable pour l’évaluation future des projets aquacoles ».
Les recommandations de l’Ifremer correspondent en tout point aux demandes formulées par Welfarm depuis le lancement de notre campagne « RAS Tout à signaler », en avril 2024.
Il est urgent d’instaurer un moratoire sur les fermes-usines de saumons
À la lecture de cette note, l’instauration d’un moratoire paraît plus que jamais indispensable pour permettre un temps de réflexion avec les scientifiques afin d’étudier les impacts à tous les niveaux du développement de l’aquaculture intensive en France.
Cela fait plus d’un an que les citoyens attendent que la représentation nationale s’empare du sujet ; pendant ce temps les projets d’élevages de saumons en circuit fermé avancent…
Celui de Pure Salmon au Verdon-sur-Mer, en Gironde, a reçu un avis favorable de la commission d’enquête publique dans un rapport rendu le 24 mars 2026. Il est donc urgent que ces études d’impact soient lancées au niveau national, au risque d’être mis devant le fait accompli.
Welfarm reste pleinement mobilisée afin d’empêcher l’implantation de fermes-usines de saumons en France et demande que la proposition de loi du 18 mars 2025 soit étudiée au plus vite par les parlementaires.
Une pétition est en ligne pour soutenir nos demandes et a déjà recueilli plus de 62 000 signatures.
