Alors que les incendies de forêt se multiplient en France et dans le monde en raison du changement climatique, l’élevage pastoral fait partie des solutions pour limiter leur nombre et leur intensité. Une occasion d’encourager le développement d’un mode d’élevage favorable au bien-être animal et plus sobre en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

Le pastoralisme est l’un des systèmes d’élevage les plus favorables au bien-être animal Ses bénéfices tiennent principalement au fait qu’il permet aux animaux d’exprimer davantage leurs comportements naturels et d’évoluer dans un environnement plus proche de leurs besoins biologiques. Cette amélioration du bien-être animal par rapport aux systèmes d’élevage en bâtiments n’est pas le seul avantage de l’élevage pastoral. En effet, parce qu’ils entretiennent les territoires en contrôlant la végétation basse, les systèmes d’élevage en pâturage extensif participent à prévenir les feux de végétation. En outre, le pâturage extensif constitue l’une des formes d’élevage les plus compatibles avec une trajectoire de décarbonation lorsqu’il remplace des systèmes plus intensifs ou valorise des terres impropres aux cultures.
Quels sont les bénéfices du pastoralisme en matière de bien-être animal ?
Une meilleure expression des comportements naturels. Selon une revue scientifique publiée en 2025 Centre de référence de l’Union européenne pour le bien-être animal – Ruminants & Équidés, l’un des principaux bénéfices du pâturage extensif est qu’il permet aux animaux d’exprimer un large éventail de comportements propres à leur espèce.
Les ruminants élevés en pâturage extensif peuvent ainsi brouter pendant plusieurs heures par jour, explorer librement leur environnement, avoir davantage d’interactions sociales positives avec leurs congénères, choisir leurs zones de repos, etc.
Or, l’expression des comportements naturels fait partie de la définition institutionnelle internationale du bien-être animal adoptée en 2004 par l’Organisation mondiale de la santé animale dans le Terrestrial Animal Health Code (pour en savoir plus, lire notre article).
Davantage d’activité physique pour une meilleure santé des animaux. Selon la même revue scientifique, le pastoralisme implique des déplacements quotidiens pour aller chercher nourriture, eau et zones de repos, ce qui contribue à renforcer la musculature des animaux et à limiter certains troubles locomoteurs liés à l’inactivité.
L’amélioration de certains indicateurs de santé. L’accès au pâturage est associé à plusieurs bénéfices sanitaires : moins de boiteries, de lésions cutanées, prévalence plus faible des mammites chez les vaches, moins de surcroissance des onglons chez les chèvres. En outre, une possible activité d’automédication a été observée chez les moutons et les chèvres au pâturage. Lorsque ces animaux sont infestés par des parasites gastro-intestinaux, ils augmentent leur consommation des plantes riches en tanins. Les tanins exercent un effet antihelminthique et stimulent les réponses immunitaires contre les parasites intestinaux.
Comment le pastoralisme peut-il réduire les risques d’incendies de végétation ?
Diminution de la quantité de végétation combustible. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture (FAO) souligne dans un article que le pâturage constitue un moyen de réduire l’accumulation de combustibles végétaux et peut être utilisé pour entretenir des pare-feu dans le cadre d’une gestion intégrée des incendies.
En consommant les herbes et jeunes arbustes de la végétation basse, les ruminants réduisent la biomasse qui sert de combustible aux incendies. Les départs de feu sont ainsi moins susceptibles de se transformer en incendies majeurs et la vitesse de propagation du feu diminue.
Entretien des espaces ouverts. Le pastoralisme empêche les prairies d’être colonisé par les broussailles, il limite la densité des arbustes et la continuité du combustible végétal. Or, un incendie se propage beaucoup plus facilement lorsque la végétation forme un continuum. Le pâturage permet ainsi de maintenir une mosaïque de paysages qui freine naturellement la propagation des flammes.
Le pâturage facilite le travail des services d’incendie. Des sous-bois moins denses permettent une meilleure accessibilité pour les véhicules et les équipes de pompiers.
Depuis 1992, le Réseau coupure de combustibles (RCC), un groupe de travail mobilisant chercheurs, gestionnaires forestiers et éleveurs, développe des références sur l’entretien des ouvrages DFCI (Défense des forêts contre les incendies : voies de circulation, bandes débroussaillées de sécurité, pare-feu, etc.) à l’échelle du bassin méditerranéen.
Le RCC a démontré qu’une gestion pastorale des ouvrages DFCI permettait de réduire la biomasse combustible et donc la fréquence des interventions mécaniques de débroussaillage.
Selon le Centre d’Études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (Cerpam), depuis 2014, plus de 160 éleveurs font pâturer leurs troupeaux sur des ouvrages DFCI.
Dans une fiche technique parue en décembre 2024, le Cerpam précise toutefois que « les animaux n’étant pas des machines, il sera toujours nécessaire de répéter des actions de débroussaillement en complément pour éliminer les refus de pâturage ».
Quel rôle peuvent jouer les systèmes de pâturage extensif pour réduire l’empreinte carbone de l’élevage ?
Comme tout élevage de ruminants, le pastoralisme émet des gaz à effet de serre, principalement du méthane issu de la fermentation entérique. Mais, lorsqu’il est pratiqué sur des prairies et parcours permanents, avec une faible dépendance aux aliments concentrés et aux intrants, il peut présenter plusieurs avantages climatiques : valorisation de terres impropres aux cultures, maintien des stocks de carbone des prairies et possibilité d’accroître le stockage de carbone dans certains sols.
Une étude de 2017 sur la mobilité pastorale parue dans Livestock Science montre que, dans le système pastoral étudié, le pâturage réduit les émissions totales de gaz à effet de serre par rapport à un modèle où une plus grande proportion de l’alimentation doit être produite et distribuée à la ferme.
Dans une synthèse publiée en 2021, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) rappelle que les prairies permanentes stockent du carbone et que l’élevage à l’herbe peut donc contribuer à compenser une partie des émissions de l’élevage, à condition notamment que le chargement animal reste raisonnable et que les prairies ne soient pas retournées.
En outre, dans une étude de 2019 L’Inrae estime notamment que l’extension du pâturage plutôt que la fauche peut favoriser le retour au sol des résidus et des déjections et augmenter le stockage de carbone des prairies permanentes.
Depuis de nombreuses années, Welfarm milite pour une sortie de l’élevage intensif et pour une transition vers un modèle d’élevage pâturant extensif. Seule une telle évolution permettra de répondre aux demandes sociétales en matière de bien-être animal, de limiter les émissions de gaz à effet de serre de l’élevage, tout en contribuant à prévenir et à circonscrire les feux de végétation.
