La 62e édition du Salon de l’Agriculture se tient du 21 février au 1er mars 2026 à Paris. Si, pour des raisons sanitaires, les volailles et bovins ne sont pas présents cette année, les porcs sont en revanche au rendez-vous. L’occasion pour Welfarm de faire le point sur une pratique contre laquelle notre association lutte activement depuis plus de dix ans : la castration des porcelets.

En 2025, la part des porcs mâles entiers (c’est-à-dire non castrés) a atteint 52 % du total des porcs mâles abattus en zone Uniporc (lire encadré). Une proportion en constante augmentation depuis 2016.
En effet, en 2016, les mâles entiers, représentaient seulement 15 % des porcs abattus au sein de la zone Uniporc1. Selon les données de l’IFIP-Institut du porc, en 2022, les mâles entiers représentaient 28 % des porcs abattus2 en zone Uniporc, puis 40 % en 20233, et 51 % fin 20244. Depuis 2024, la part des porcs mâles entiers dépasse ainsi celle des porcs castrés en France et continue sa progression en 2025.

Une évolution encourageante, même si la France a encore des progrès à faire pour rattraper certains de ses voisins européens en matière d’alternatives à la castration des porcelets.
Comment la France se situe-t-elle par rapport à ses voisins ?
La castration physique des porcelets est loin d’être la norme en Europe. Au Royaume-Uni tout d’abord, où des cahiers des charges établis dans les années 1990 ont imposé la non-castration des mâles à la totalité de la production outre-Manche : 100 % des porcs mâles abattus sont donc des mâles entiers.
En Irlande et au Portugal ensuite, où ce sont plus de 90 % de mâles qui sont élevés entiers (soit 2,9 millions de porcs pour le Portugal en 2020).
Puis en Espagne ‒ deuxième plus gros producteur de viande de porc à l’échelle européenne ‒, où 86 % des porcs mâles abattus n’étaient pas castrés en 2020, selon Réussir Porc. L’Espagne n’a jamais appliqué la castration à grande échelle et les 14 % de porcs castrés sont destinés à la production de jambons secs supérieurs pour lesquels la viande de porc entiers n’est pas assez grasse.
Viennent ensuite les Pays-Bas, où 60 % des porcs mâles abattus sont entiers. Ils sont destinés à la grande distribution où toute la viande fraîche est issue de mâles non castrés, ainsi qu’à la transformation.
En Belgique, l’alternative vaccinale contre les odeurs sexuelles de verrat5 (mâle entier mature) est pratiquée pour presque 20 % de la production de porcs mâles nés en Belgique. Un chiffre considérable, sachant que la moyenne européenne de porcs mâles vaccinés était de seulement 2 % en 2020 !
En queue de peloton, on retrouve l’Allemagne (premier producteur de viande de porc à l’échelle européenne), avec 15 % de mâles entiers abattus en 2020, et le Danemark, avec seulement 3,6 % la même année.

Si Welfarm se réjouit de la forte progression qu’a connue la France entre 2016 et 2025, le chemin est encore long pour s’aligner avec les leaders européens du porc entier que sont le Royaume-Uni, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, qui affichaient déjà des chiffres bien supérieurs cinq ans plus tôt.
Welfarm en campagne depuis 2016 contre la castration des porcelets
Rappelons que Welfarm demande l’interdiction de la castration physique des porcelets depuis 2010 et mène, depuis 2016, une campagne nationale contre cette mutilation.
Pour mettre un terme aux souffrances inutiles subies par ces animaux sensibles, nous demandons depuis dix ans le remplacement de cette pratique par des alternatives respectueuses du bien-être des porcelets, à savoir en première intention l’élevage de mâles entiers, ou, à défaut, la vaccination contre les odeurs de verrat.
Pour y parvenir, Welfarm travaille depuis 2021 avec les acteurs de la filière porcine afin d’identifier les leviers et les freins à la mise en place de ces alternatives.
Notre association a créé en 2022 le Castra-Score, un outil qui permet d’évaluer l’engagement des marques et des distributeurs en matière d’arrêt de la castration physique des porcelets. Le Castra-Score est régulièrement actualisé afin d’évaluer les leviers et les freins liés à l’arrêt de cette mutilation. Il permet également d’identifier les marques et les enseignes qui s’engagent contre la castration des porcelets et celles qui persistent à s’y opposer ou qui ne répondent pas à nos sollicitations.
Première avancée réglementaire en 2020
Grâce à cette campagne, Welfarm a largement contribué à faire progresser l’élevage de mâles entiers en France. Les actions menées par Welfarm et les autres ONG ont notamment contribué à la signature, le 24 février 2020, d’un arrêté ministériel visant à interdire en France la castration à vif des porcelets (c’est-à-dire sans anesthésie) à partir de 2022.
Cette avancée légale, qui a rendu la castration physique plus coûteuse pour les éleveurs ‒ qui sont désormais dans l’obligation d’avoir recours à une anesthésie locale ‒, a eu un impact important sur la progression des mâles entiers en France. En effet, certains groupements d’éleveurs déplorent l’insuffisance de la plus-value visant à compenser les coûts supportés par les éleveurs pour financer l’anesthésie et l’analgésie6.
Toutefois, si l’interdiction de la castration à vif est une victoire, nous ne devons pas en rester là car la castration sous anesthésie est loin d’être satisfaisante du point de vue du bien-être animal.
Pourquoi Welfarm lutte contre la castration physique des porcelets ?
La castration des porcelets est une mutilation très douloureuse infligée à des animaux âgés de quelques jours seulement. Elle consiste à inciser la peau des porcelets afin d’ouvrir un accès aux testicules, pour ensuite procéder à leur ablation.
Le but de cette mutilation est d’obtenir une viande plus grasse et de prévenir l’apparition d’une odeur désagréable lors de la première cuisson, appelée « odeur de verrat », qui ne concerne pourtant que moins de 3 % des carcasses.
La castration physique, en dépit de l’administration d’un anesthésique et d’un analgésique, n’est pas une solution satisfaisante. En effet, l’anesthésie et l’analgésie requièrent un temps d’attente pour être efficace, ce qui est incompatible avec les cadences de travail des élevages intensifs où les porcelets sont castrés à la chaîne.
Par ailleurs, elles ne permettent pas une prise en charge totale de la douleur, les injections étant en elles-mêmes source de douleur. Enfin, la procédure nécessite de manipuler plusieurs fois les animaux, ce qui génère toujours plus de stress chez ces derniers.
C’est pourquoi Welfarm défend des alternatives plus respectueuses des porcelets : l’élevage de mâles entiers en première intention ou, à défaut, la vaccination contre les odeurs sexuelles de verrat.
L’élevage de mâles entiers présente par ailleurs plusieurs avantages par rapport au mâle castré, tant pour les animaux que pour les éleveurs7, même si cela peut nécessiter dans un premier temps pour l’éleveur d’adapter ses pratiques et ses installations en conséquence :
– Conditions de bien-être animal améliorées : avec l’arrêt de la castration chirurgicale, l’éleveur épargne de vives souffrances aux porcelets et évite les risques d’infection post-opératoire.
– Meilleur résultat économique : baisse du coût alimentaire (les porcs entiers mangent moins que les porcs castrés)8 ; réduction des dépenses liées à la main-d’œuvre (gain de temps lié à l’arrêt de la castration) ; réduction des dépenses de santé (pas d’achat de vaccin ni d’anesthésiant ni d’analgésique), et, en principe, meilleure rémunération des carcasses non odorantes, qui contiennent plus de muscle et moins de gras.
– Réduction de la pénibilité au travail pour les éleveurs.
Le combat continue !
Les pratiques des autres pays européens et les choix de certains acteurs de la filière porcine française démontrent qu’il est aujourd’hui possible de se tourner vers le mâle entier.
Pour autant, si l’arrêt de la castration est souhaité par certains acteurs de la filière, d’autres s’y opposent fermement, comme le leader du marché français spécialisé dans l’abattage et la découpe de carcasses de porcs, Bigard, complètement hermétique à toute alternative à la castration des porcelets.
Welfarm poursuit donc son travail de plaidoyer auprès de l’ensemble des acteurs de la filière (production, transformation, distribution) et de mobilisation de ses sympathisants jusqu’à l’obtention de l’arrêt total de la castration physique des porcelets en France.
Un travail de longue haleine rendu possible uniquement par la générosité de nos donateurs et testateurs.
Qu’est-ce qu’Uniporc ?
Uniporc est une organisation professionnelle française qui intervient après l’abattage des porcs.
Sa mission principale est de fournir les données officielles d’abattage, de pesée et de classement des carcasses qui serviront in fine au paiement des éleveurs.
L’objectif d’Uniporc et de garantir un prix harmonisé entre les éleveurs de porcs français affiliés à cette organisation.
Uniporc couvre environ 85 % du territoire français puisqu’elle intervient en France dans huit régions administratives (Bretagne, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Grand Est) et dans 27 abattoirs sur tout le territoire.
(1) CHEVILLON P, 2015 : Développement durable et arrêt de la castration
(3) https://ifip.asso.fr/place-des-marches/actualites-des-marches/progression-constante-de-la-part-de-males-entiers-abattus-en-2023/
(5) La vaccination contre les odeurs de verrat permet de retarder de manière temporaire la puberté des porcs afin d’éviter les carcasses odorantes, sans danger pour l’homme et indolore pour l’animal
(6) https://www.agra.fr/agra-presse/porc-et-castration-un-marche-coupe-en-deux?check_logged_in=1
(7) https://www.cnr-bea.fr/wp-content/uploads/2025/01/GBP_male_entier_19-03-2024.pdf
(8) https://ifip.asso.fr/documentations/5657-males-entiers-conditions-delevage-et-besoins-alimentaires/
