Les Pays-Bas sévissent contre l’importation de veaux non sevrés depuis l’Irlande

L’Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation a décidé d’agir contre les transports de veaux non sevrés depuis l’Irlande vers les Pays-Bas, qu’elle juge illégaux. Quatre transporteurs sont dans le viseur de l’organisme et s’exposent à des sanctions financières pouvant aller jusqu’à 27 000 euros en cas de récidives.

C’est une décision historique en faveur du bien-être animal : le 10 septembre 2026, L’Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation (NVWA) a annoncé qu’elle infligerait des amendes à quatre transporteurs irlandais qui acheminent des veaux non sevrés de l’Irlande vers les Pays-Bas.

La NVWA, qui dépend du ministère de l’Agriculture néerlandais, estime que les transporteurs concernés ne respectent pas la réglementation européenne protégeant les animaux en cours de transport.

En effet le règlement européen n°01/2005 exige que les veaux non sevrés puissent, après neuf heures de transport, être abreuvés et, si nécessaire, alimentés. Or, la traversée en ferry entre l’Irlande et la France dure en moyenne 18 heures et la totalité du trajet subi par les veaux peut même dépasser les 30 heures. Les équipements de transport actuels ne permettent pas de fournir de l’aliment lacté adapté à ces animaux enfermés dans des bétaillères. Pourtant la réglementation impose d’alimenter les veaux non sevrés dans tous les cas au bout de 19 heures.

Un premier avertissement, suivi d’amendes de 3 000 à 27 000 euros en cas de récidives

En outre, un rapport de la Commission européenne publié en mai 2025 constate que « lors des trajets comportant de longues traversées en ferry, les veaux ne sont pas nourris aux intervalles requis ».

Les autorités néerlandaises considèrent donc que les transports doivent être organisés différemment afin de pouvoir nourrir et abreuver ces animaux vulnérables.

Selon le média national néerlandais RTÉ News, les transporteurs irlandais acheminant des veaux vers les Pays-Bas recevront dans un premier temps un avertissement et disposeront de douze mois pour se mettre en conformité avec la réglementation protégeant les animaux en cours de transport.

À l’issue de cette période, s’ils n’ont pas modifié leurs pratiques, une amende de 3 000 euros sera appliquée. Le montant passera à 9 000 euros à partir de la troisième infraction, puis à 27 000 € pour une quatrième violation des règles.

Fin des importations de veaux non sevrés d’Irlande vers les Pays-Bas à l’horizon 2028

Cette politique s’inscrit dans un plan d’action plus large des Pays-Bas, qui prévoit d’en finir progressivement avec les importations de veaux vivants en provenance d’Irlande d’ici à 2028. Ce choix fait suite à une résolution adoptée en 2023 par la Chambre des représentants néerlandaise, qui reconnaît que « le transport sur de longues distances de très jeunes veaux s’accompagne d’importantes souffrances animales ».

L’objectif annoncé par la NVWA est « d’envoyer un signal à la Commission européenne », comme l’a déclaré Annebeth van Aartsen, vétérinaire à la NVWA, interrogée par RTÉ News.

Des alternatives existent pour la filière irlandaise

De janvier à juillet 2026, plus de 160 000 veaux ont été expédiés d’Irlande vers la France, avant de poursuivre leur chemin vers d’autres pays européens. Les Pays-Bas constituent le premier débouché des veaux non sevrés irlandais (plus de quatre animaux sur dix) : la fin annoncée de ces importations est donc l’occasion pour les acteurs de cette filière de se réorganiser afin de continuer à valoriser leur activité tout en garantissant le bien-être des animaux.

Des alternatives économiquement viables existent : développer des systèmes d’engraissement et d’abattage sur le territoire irlandais ou encore  mieux valoriser les bovins issus de troupeaux laitiers.

Brittany Ferries cesse de transporter des veaux non sevrés d’Irlande vers la France

Brittany Ferries

Grâce à une forte mobilisation des ONG européennes de protection animale, l’entreprise française Brittany Ferries a annoncé qu’elle avait arrêté de transporter des animaux vivants sur ses ferries depuis le 1er septembre 2026.

Alors que les autorités néerlandaises et les transporteurs maritimes s’orientent vers la fin de ces échanges, la France – pays par lequel transitent les veaux à destination des Pays-Bas – et l’Union européenne brillent par leur mutisme.

Il est grand temps que les responsables politiques français et européens s’emparent de ce dossier pour mettre un point final au transport de veaux non sevrés d’Irlande vers la France et à toutes les souffrances évitables qui en découlent. La réglementation protégeant les animaux en cours de transport doit être appliquée !

La France doit s’engager davantage pour protéger les animaux

Alors que les négociations au Conseil de l’Union européenne autour de la prochaine révision de la réglementation protégeant les animaux en cours de transport entrent dans leur phase finale, la France s’oppose à tout renforcement significatif des mesures de protection animale dans le futur texte.

La réduction des temps de transport, la protection renforcée des animaux vulnérables (comme les veaux non sevrés ou les femelles en fin de gestation), ou encore l’interdiction des exportations d’animaux vivants vers les pays tiers sont autant de lignes rouges que Paris refuse de franchir.

Pour Welfarm, la défense du statu quo par le gouvernement ne saurait être une politique acceptable, alors que, selon une enquête publiée en janvier 2026, une large majorité des Français se prononce contre le transport d’animaux non sevrés sur de longues distances.

En outre, alors que la souveraineté économique et alimentaire est brandie comme un étendard depuis plusieurs années par les gouvernements successifs, la politique actuelle d’exportation d’animaux vivants ne serait-elle pas contre-productive ? Remplacer ces exportations par du transport de viande et de carcasses permettrait de développer des filières locales d’engraissement et d’abattage, ce qui limiterait les atteintes au bien-être animal tout en bénéficiant à l’économie de nos territoires.

Welfarm interpelle la ministre de l’Agriculture

Le 31 août 2026, Welfarm et six autres associations de protection animale ont adressé une lettre ouverte à la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Annie Genevard, lui demandant un rendez-vous. Dans leur lettre, les ONG soulignent le besoin urgent de clarifier la position française dans le cadre de la négociation européenne en cours et rappellent à Annie Genevard à sa responsabilité en tant que ministre en charge du Bien-être animal.

Pour Cosima Dumont, chargée de campagne et de plaidoyer chez Welfarm, « un changement de cap est indispensable pour s’aligner avec les connaissances scientifiques les plus récentes en matière de bien-être animal et pour respecter la volonté des citoyens de mettre fin aux  souffrances inutiles de dizaines de milliers d’animaux vulnérables chaque année en mer et sur les routes d’Europe ».

Welfarm reste pleinement mobilisée et continuera à faire pression sur les pouvoirs publics pour que la prochaine législation européenne protégeant les animaux en cours de transport comporte de réelles avancées en la matière.