Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat : publication tardive d’un texte timide dans un contexte politique hostile

La publication de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat a eu lieu le 11 février 2026, avec deux ans et demi de retard par rapport au calendrier initial. Si le texte présente des orientations intéressantes, l’absence d’objectifs chiffrés concernant la limitation de la consommation de viande risque de rendre difficile l’adoption d’une trajectoire claire, dans un contexte marqué par des politiques publiques favorables au développement de l’élevage intensif.

Il était temps ! La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a enfin été publiée par le gouvernement, avec deux ans et demi de retard. Initialement prévue pour juillet 2023, la version finale de la Snanc 2025/2030 a été rendue publique le 11 février 2026.

Le texte compile 85 actions au service de 20 objectifs qui visent à transformer le système alimentaire français afin de le rendre plus sain, plus durable et plus équitable.

L’alimentation représente en effet un enjeu central à la fois sanitaire, social, économique et environnemental. Les systèmes alimentaires contribuent fortement aux émissions de gaz à effet de serre et à la dégradation des ressources naturelles, tout en influençant directement l’état de santé de la population et le bien-être des animaux d’élevage. Les choix politiques en la matière ne manqueront donc pas d’avoir d’importantes répercussions dans tous ces domaines.

Soulagement en demi-teinte

La publication – tardive – de la Snanc représente un soulagement face au risque de voir le texte définitivement enterré. En effet, alors qu’un important travail interministériel avait été mené ces trois dernières années par les ministères de l’Agriculture, de la Santé, et de la Transition écologique pour aboutir à un consensus sur la Snanc, l’ancien Premier ministre François Bayrou avait décidé de bloquer le texte juste avant de quitter Matignon suite à la démission de son gouvernement.

117 organisations de la société civile, dont Welfarm, avaient publié le 24 septembre 2025 une lettre ouverte à l’attention du nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, l’exhortant à publier le texte sans délai.

Un soulagement, donc, mais en demi-teinte. La stratégie donne des orientations intéressantes en matière de restauration collective en proposant un renforcement de l’accompagnement technique et financier pour l’atteinte des objectifs et obligations fixés par les lois Egalim et Climat et Résilience.

Elle propose également de développer l’éducation à l’alimentation et à la nutrition, pour aller vers une alimentation compatible avec des systèmes alimentaires durables.

Mais, si la Snanc reconnaît explicitement que l’évolution des régimes alimentaires constitue un levier majeur de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et que les produits d’origine animale représentent environ 61 % de l’empreinte carbone alimentaire, le texte publié ne parle plus de réduction de la consommation de viande mais de « limitation de la consommation ». Or, pour Stéphane Boissavy responsable du Pôle campagnes, plaidoyer et affaires juridiques de Welfarm, « le terme limitation peut signifier que la consommation continue de croître, mais de façon maîtrisée, d’autant que la Snanc n’adosse pas la limitation de la consommation de viande qu’elle propose à des objectifs chiffrés ».

Un texte bien fragile face à la réalité des politiques publiques

Or, en l’absence d’objectifs chiffrés, comment fixer une trajectoire ? Comment déployer des moyens et des mesures pour la suivre, et comment apprécier l’atteinte ou non des résultats à l’échéance 2030 ?

D’autant plus que l’adoption, en 2025, de la loi Duplomb ouvre la voie à l’installation et à l’agrandissement d’élevages toujours plus intensifs, alors que la Snanc promeut « une modération de la consommation de viande » qui doit « permettre un report vers une viande locale et de qualité, par exemple issue d’un élevage pâturant pour la viande bovine ».

En outre, les récentes déclarations du président de la République et de la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire lors du Salon international de l’agriculture (SIA) sont en dissonance complète avec les orientations de la Snanc.

Lors d’un discours inaugural prononcé le 24 février 2025, Annie Genevard a déclaré que les « fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, [qui] ne peuvent pas toujours tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises ou même allemandes, bien plus vastes ».

De son côté, Emmanuel Macron a promis d’accélérer les procédures d’installation de nouveaux poulaillers. Le 21 février, premier jour du SIA, le chef de l’Etat a ainsi déclaré : « On ne peut pas mettre plus de temps à faire un poulailler qu’on en a pris à rénover Notre-Dame ».

Des exploitations de plus en plus grandes et des installations facilitées

Pourtant, depuis dix ans, la taille des exploitations françaises augmente, alors que leur nombre diminue. Et la loi Duplomb, votée en 2025, facilite déjà l’installation de très grands élevages, de volailles mais également de porcs, en augmentant les seuils au-delà desquels une autorisation environnementale est nécessaire. Le texte a également permis de remplacer les réunions publiques d’information préalables à ces installations par une simple permanence du commissaire enquêteur en mairie.

Les orientations de la Snanc sont favorables à une alimentation plus saine et plus respectueuse du bien-être animal, mais se heurtent à des politiques publiques favorables à la poursuite d’un modèle alimentaire orienté vers les exportations et qui favorise le développement d’un élevage intensif dont plus personne ne veut.

Comment renforcer les projets alimentaires territoriaux sans financements dédiés ?

L’objectif n° 3 de la Snanc est de renforcer et d’accompagner les projets alimentaires territoriaux (PAT) – qui sont les outils locaux de développement d’une agriculture plus durable et résiliente -, notamment en poursuivant le soutien financier à ces projets. Or, aucun budget n’est prévu pour les PAT dans la loi de finances pour 2026.

La Snanc pose donc de beaux principes mais le texte, qui manque d’ambition, se heurte au modèle d’agriculture productiviste mortifère promu par le gouvernement et par une majorité des parlementaires.

Reste à voir de quelle manière la stratégie sera déclinée au niveau opérationnel. C’est ce que nous verrons dans les prochains mois, lors de la publication des prochains Programme national nutrition santé (PNNS 5) et Programme national de l’alimentation (PNA 4).

Welfarm restera pleinement mobilisée pour que les orientations positives de la Snanc soient mises en pratique afin que la France se dote d’une agriculture durable et plus respectueuse des animaux.